Histoire d’un corps

Grâce à une longue et fructueuse discussion avec mon barde elfique, j’ai eu envie de faire un état des lieux de mon cerveau de personne traumatisée, en repartant du début et en utilisant un autre angle : celui du corps qui m’abrite depuis maintenant 30 ans. Parce que ce corps est le premier témoin de tout ce qui m’est arrivé en tant qu’individu et que je lui suis infiniment reconnaissant de m’avoir enveloppé pendant toutes ces années, sans faillir. Parler d’une expérience globale de vie, ce n’est jamais évident ; alors je cite directement les TW qui vont impacter cet article : mention d’abus physique et psychologique divers, auto-mutilation.

Le corps est jeune, asexué ; il court sur les plages, le torse à l’air. Il roule sur le sable, fend les vagues sans se soucier de ce qui est à venir. Le corps connaît parfois des moments de colère, il se dresse la nuit et hurle à pleine gorge qu’on lui manque, qu’il a besoin d’attention. Le corps a également des moments de joie, durant lesquels il joue avec d’autres corps, construit des appartements pour playmobiles et ses doigts disposent les figurines pour créer des histoires inspirées par les contes dont on nourrit l’esprit au quotidien. Les contes sont partout, et leurs formes sont variées ; on y parle d’amour éternel, de sorcières bienveillantes et de pommes d’or qu’il faut retrouver.

Enfin, le corps grandit, on l’oblige à couvrir son poitrail lorsqu’il veut courir vers les vagues et l’absence de Grand corps rend l’Esprit anxieux. Il y a des tensions dans les muscles, des pleurs qui ne s’arrêtent pas. Des crises qui rendent le corps fou de peur, peur que Grand corps ne revienne pas.

Puis, Grand corps revient pour de bon et avec lui il y a un autre corps, inconnu et parfois hostile. Les cordes vocales tremblent. Et l’Esprit ne se sent pas bien du tout. Puis, le corps inconnu vient la nuit, lorsque le petit corps est au repos. Le corps étranger fait des choses au petit corps, qui éveillent des choses bizarres dans les organes, dans les tissus qui se contractent, perturbé par ces signaux incompréhensibles. L’Esprit se referme sur lui-même mais le petit corps, lui, réagit comme il peut, influencé par les multiples signaux qui hérissent le système nerveux.

Puis, l’Esprit est empoisonné. Le petit corps sent que quelque chose n’est pas normal mais il suit les commandements de l’Esprit. C’est ce qu’il a toujours fait. Le petit corps devient grand à son tour, et des changements curieux se produisent, des changements qui ne plaisent pas toujours à l’Esprit. Ce dernier inflige de la souffrance au corps pour extirper ce qui ne va pas. Le corps voit son tissu déchiré, ses veines s’ouvrir, son sang s’intoxiquer.

Le corps se voit faire des choses que l’Esprit veut mais le corps suit, sans broncher. Jusqu’au jour où l’Esprit flanche et le corps reste là, immobile, pendant des heures, des jours, des semaines. Puis l’Esprit se remet en mouvement et commence à davantage écouter le corps, à le modeler pour qu’il ressemble à des idées que le corps, lui, ne comprend pas. Finalement, une partie du torse s’en va et l’Esprit est soulagé.

Maintenant, le corps est stable, même si certaines de ses réactions restent étranges.

Mais est-ce qu’il est vraiment possible de dissocier l’esprit du corps ?

Pas vraiment.

Le corps, c’est moi. L’esprit, c’est moi.

Plus les années passent, plus je me rends compte que j’ai de la chance que mon corps ne m’ait pas lâché, là où mon esprit a flanché.

(Les ressources qui m’ont beaucoup aidé à gérer cette partie-là de mon histoire, en plus des travaux de Clémentine Morrigan, sont les podcasts Ou peut-être une nuit, de Charlotte Pudlowski ; si le sujet vous intéresse, vous pouvez retrouver son travail ici => https://www.youtube.com/watch?v=K_btxsjH0gA)

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