Orientation confuse

J’ai toujours eu du mal à définir avec certitude mon orientation sexuelle.

Depuis mes 15 ans, je me suis souvent défini comme bisexuel. Et cette étiquette m’a fréquemment porté préjudice. La première fille avec laquelle je suis suis resté en couple pendant un certain temps a utilisé cette orientation pour se méfier de toutes les personnes auxquelles je parlais. Si j’étais bisexuel, c’est que mon appétit sexuel était sans limites (aha).

Ce n’est qu’en faisant mon coming-out trans que je me suis dit que les choses n’avaient pas besoin d’être aussi binaires. Si j’étais attiré par quelqu’un, ce n’était pas à cause de la féminité ou de la masculinité qu’iel exprimait ; c’était moins défini que ça. Je pouvais tomber amoureux d’un regard sombre, plein de douceur. Et j’avais des crushs sur des sourires à l’accent joueur, peu importe le genre de la personne .

Dire que j’étais pansexuel est finalement devenu une évidence.

Cependant, lorsque j’ai fait mon coming-out trans, il y a encore autre chose qui a réclamé de l’attention en mon for intérieur.

Je fais du rp (rôle playing écrit sur des forums – souvent dédiés à des univers en particulier) depuis des années et si mes personnages étaient souvent des séducteurs, ils s’épanouissaient surtout dans des relations homosexuelles. Bien installé devant mon écran, je ressentais un certain plaisir dans leur débauche, dans cette image que je me faisais de l’homosexualité (basée, sans doute, sur le fantasme).

Néanmoins, depuis que j’ai commencé à sortir avec des personnes amab (assignated male at birth) avec une expression de genre de masculine (ou non-binaire), j’ai commencé à ressentir une euphorie bien particulière débouler dès que je me trouvais avec ell·eux.

La transidentité a donc influencé mon rapport au polyamour ; je me sentais désormais légitime d’habiter une identité qui m’avait paru totalement inatteignable avant que je ne fasse mon coming-out. Cela dit, je n’idéalise plus l’homosexualité. Je ne choisis pas non plus mes partenaires en fonction de ce paramètre.

Simplement, je dis souvent que mon orientation sexuelle est pan-pédé et c’est une étiquette qui me va bien, tout autant que mes salopettes près du corps, mes tee-shirts rayés et ma frange de Beatles. M’assumer en tant que pan-pédé m’a permis de remettre en question ma transmasculinité : je ne voulais pas ressembler à Jean-Kévin qui porte des pulls adidas et qui soulève dix kgs de fonte dans une salle de musculation.

Mon but, dans le passing, est bien moins défini que ça.

J’ai envie que les gens ne sachent pas à quoi ils ont affaire quand iels me voient pour la première fois.

(crédit : https://drawingisfornerds.tumblr.com/)

A cet article, j’aimerais ajouter un témoignage glané dans un délicieux fanzine « les garçons délicats » qu’un ami m’a envoyé l’année dernière (zine en libre disposition sur https://infokiosques.net/IMG/pdf/les_garcons_delicats-fil-72p.pdf)

« Parfois, j’essaie d’imaginer ce que j’aurais été si j’étais né avec un corps assignable au masculin. J’aurais sans doute eu une autre personnalité, j’aurais peut-être été quand même un peu queer… J’ai rédigé des petites fictions sur le sujet, j’ai essayé d’imaginer, puis je me suis ouvert-e aux mécanismes de domination de notre monde et mes illusions se sont perdues : si j’étais né avec une bite, je serais probablement, à l’heure qu’il est, un gros con. Je suis blanc. Je suis de classe moyenne supérieure, parents propriétaires qui bossent dans le privé, père ingénieur. J’ai fait un bac général. A vrai dire, si ce n’était pas pour ma flopée de problèmes psys et une probable (légère) neuroatypie, j’ai tellement de privilèges qu’on peut en remplir une baignoire. Je ne m’en vante pas et déplore que nous soyons dans un monde où ma couleur de peau m’accorde d’autres avantages que celui de mieux absorber la vitamine D et où des gens meurent de faim dans la rue.

Mais soyons honnêtes : ça fait de moi quelqu’un qui a beaucoup de choses à apprendre. Si on rajoute le privilège du mâle cisgenre, admettons-le, c’est la cata. Je serais tout sauf un garçon délicat. Quand je vois la manière dont mon père parle, je peux dire que je serais probablement devenu un gros lourd qui parle de sexe pour prouver sa masculinité, qui fait des compliments foireux mais qui a un bon fond. J’aurais été de gauche molle, dans la lignée de mes parents, et quelqu’un qui veut l’égalité mais qui met régulièrement les pieds dans le plat. Et le pire, c’est que j’aurais probablement souffert des injonctions faites aux hommes, et vécu dans cette frustration indéfinissable de vouloir quelque chose sans savoir comment y accéder parce que c’est humiliant et qu’une de mes grandes faiblesses est ma fierté. Je suis content-e d’avoir été élevé en fille, de savoir des choses qu’on apprend souvent aux petites filles, de pouvoir voir le monde à travers le sexe maintenu dans un rôle subalterne, car cela me donne des lunettes pour le comprendre et des outils pour y naviguer, en plus d’une impulsion à vivre l’empathie nécessaire pour être un bon allié. Je ne suis pas né-e dans le mauvais corps, parce qu’il est mon corps, et être trans fait partie de ma masculinité. Je refuse d’être un garçon cisgenre, d’imiter les garçons cisgenres, de leur ressembler. J’utilise le neutre pour cette raison: je ne suis pas celle que vous croyez, mais je ne serais pas non plus celui que vous attendez. Mon torse avec deux mamelles bombées n’est pas féminin lorsque je me regarde dans la glace et que je le vois sortir de mon jean; il est une autre sorte de masculin. Je ne suis pas rempli d’œstrogènes : j’ai moins de testostérone que la moyenne. Ma pilosité n’est pas celle d’une fille, mais celle d’un garçon à la puberté très tardive. Dans le même genre je ne distingue pas mes amours et mon genre. Parce qu’être gouine est aussi mon identité. Je suis assigné-e fille et à ce titre ne me sent rien de commun avec les assigné-e garçon, à moins qu’iels soient trans aussi. Les lesbiennes et les féministes sont un peuple avec lequel j’ai vécu, dans lequel j’ai eu des amitiés et des amours, d’où vient maon partenaire actuelle de vie. Je suis trans et gouine, deux faces d’une même pièce. Parce qu’encore une fois, lesbienne c’est aussi un certain rapport à l’homme cisgenre, une forme de retrait de disponibilité à leur désir dans lequel se moule ma masculinité qui est un refus de ressembler à leur visage. Être trans n’est pas une malédiction qui m’est tombée sur la tête et qu’il faut soigner. Je ne suis ni «pré-T» ni «pas opéré» comme si ces choses étaient inéluctables et que mon corps attendait ces choses pour devenir conforme à ce qu’il est. Être trans est une chance qui m’est donnée dans la vie de déconstruire le système injuste qui m’a assigné femme et contre lequel je me rebelle par mon existence même. Être trans me permet de voir ce que d’autres ne voient pas, de vivre ce que d’autres ne vivent pas, d’apporter au monde un savoir unique et de déconstruire les évidences toutes faites. Et il est important pour moi de garder et de transmettre cette expérience, de ne pas l’effacer. Je ne suis pas un garçon qui a dans son passé la connaissance de ce qu’est être une femme, même si par ailleurs j’ai la chance de savoir me maquiller et coudre alors qu’on me l’aurait pas appris si j’étais mâle. Mon assignation est dans le présent, elle est ancrée en moi et régule toute ma vie. Mes papiers, ma vie professionnelle et familiale sont assignés fille, j’en ressens de la gêne même si je ne veux pour l’instant pas changer ce choix. Ma masculinité, par conséquent, est différente de celui qui vit en homme h24. La petite fille qu’on a élevée en moi fait partie de moi, elle influence mes actions, ma gestuelle, ma pensée, mes goûts, ma morale, mes connaissances, mes relations sociales. Et la jeune fille que je suis devant certaines personnes n’est pas moins réelle que la personne trans, il s’agit de ma face sociale. Tout comme vous portez des vêtements par politesse et par convention, tout comme vous dites à votre grand-mère que vous aimez ses pulls hideux offerts à Noël, tout comme vous prétendez être enjoué-e au téléphone pour un entretien d’embauche d’un poste dont vous avez besoin mais qui ne vous plaît pas. Comme disait Sam Bourcier, mon genre est avant tout un travail, et je suis fille comme d’autres sont cadre commercial. Ce peut être éprouvant, mais c’est le meilleur compromis pour que soit moins pénible la condition d’être moi. Ce texte, je l’espère, en soulagera certains, ceux qui continuent à se sentir fille parfois comme ceux qui n’osent pas sortir du placard et se sentent illégitimes à ne pas y être suffisamment mal. Tant mieux si c’est le cas, car la vérité n’a pas à régner sans partage ni à être connue de tous, et surtout, elle n’est pas unique. Fille et garçon peuvent être tous les deux vrais en même temps, et tout le monde n’a pas à tout savoir sur nous. Cependant, j’espère aussi qu’elle poussera toutes les personnes trans à aimer leur transitude, à en faire leur trésor, parce que c’est le cas : être assignée fille fait partie de moi. » (Angel)

La lecture de ce fanzine m’a beaucoup apporté ; ce témoignage en particulier m’a bouleversé.

Ca se rapproche de quelque chose en moi qui est si fragile, si timide que je ne laisse sortir qu’en de grandes occasions : la conscience que je ne suis pas seulement Marvel, mais également tout ce que j’ai été avant, ce passif féminin que je ne souhaite pas renier. Du coup, je continue à mettre des pieds dans les portes du genre, à me maquiller, mais seulement si j’en ai vraiment envie, et au niveau du poly, ça m’a également aidé : loin de chercher une conformité hétéronormative, je m’amuse souvent avec les biais genrés de mes partenaires et je joue avec leurs longs cheveux en attendant que les miens poussent.

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