Polyamour & trauma – vivre avec un monstre aux yeux verts

Le polyamour commence à faire parler de lui en France, que ce soit avec les œuvres de Cookie Kalkair (vivre de polyamour et d’eau fraîche, 2021), la Salope éthique (disponible en édition française depuis 2013), les applications de dating plus axés sur les modes de vie/les orientations/les genres qui sortent de la norme (okcupid) et les blogs centrés autour de la thématique.

Un extrait de vivre de polyamour et d’eau fraîche (et je vous invite vivement à consulter la page instagram de @cookiekalkair)

J’ai commencé à en apprendre davantage sur le sujet grâce à mon meilleur ami, God Save The Queer (merveilleux·se créateur·ice de bijoux queer). A l’époque où j’entretenais des relations monogames, God Save The Queer m’a offert un espace safe où je pouvais découvrir de nouvelles choses. Le temps que j’allais passer chez lui me permettait de respirer librement ; je me demandais alors pourquoi il fallait que j’aille dans un endroit aussi bienveillant pour me sentir à l’aise, comme si mon propre foyer me limitait dans mes choix d’expression (et limité, je l’étais de bien des façons, mais on en reparlera). Mon ami·e cultivait de très belles relations polyamoureuses et iel disposait de connaissances qui me dépassaient totalement. J’enviais la liberté qu’iel exprimait, sans me résoudre à le rejoindre dans cette sphère merveilleuse, parce que je m’en sentais tout bonnement incapable.

Lorsque j’ai choisi le titre de cet article, j’ai d’abord douté : devais-je parlais de ce mode de vie de mon point de vue de personne transmasculine ou l’aborder sous l’angle du trauma ? Ces deux problématiques ont, très certainement, apporté de nouvelles nuances, plus ou moins faciles à gérer, à ma vie amoureuse.

Le trauma est là depuis très longtemps : je me voyais mal quitter la sécurité de ma dernière relation monogame en date, étant donné que je faisais beaucoup de crises d’insécurité. A cause du trauma, je faisais automatiquement des crises d’angoisse à l’intensité variable, si j’avais l’impression que mon partenaire de l’époque ne m’aimait pas suffisamment : je considérais, à cause de mon malheureux exemple familial, que l’affection était une denrée qui ne pouvait être partagée, un peu comme un gros gâteau dont on donne des parts jusqu’à ce qu’il n’y en ai plus…

C’est une scène de Sense 8 (le très beau final) qui m’a finalement décidé à passer le cap ; j’avais vu des personnes queer s’épanouir dans une relation à plusieurs et ça m’avait donné envie de sortir de ma propre zone de confort, d’essayer d’être plus fort que mes anxiétés.

Lorsque je l’ai annoncé à mon partenaire de l’époque, cisgenre et monogame dans l’âme, celui-ci n’a pas reçu la nouvelle en m’ouvrant les bras. Notons que, par le passé, il m’avait déjà dit que je ne pouvais pas devenir un mec parce qu’il ne voulait pas être, rhm, pédé.

Il m’a donc donné un ultimatum : c’était lui ou le poly (avant d’ajouter que, de toutes façons, j’étais trop jaloux – c’est intéressant de restreindre le trauma à une émotion négative, la seule qui semble impacter les autres) ; j’ai rassemblé mon courage tant bien que mal, avant de prendre la porte de sortie.

C’est en venant m’installer en colocation avec God Save The Queer que j’en ai davantage appris sur le polyamour. Mon meilleur ami m’a offert un pendentif part de pizza, signifiant ainsi que son amour pour les personnes qui lui sont chères ne pouvait ni se tarir, ni avoir de limites. Première marque d’affection qui contrariait tout ce que j’avais appris avant.

Peureux, j’ai essayé d’en apprendre le plus possible au sujet du poly avant de me lancer (références en bas de cet article). Lorsque j’ai rencontré celle qui est devenue ma première partenaire et qui partage à présent ma vie, Morian, les choses ont été très fluides dès le début. Mais je craignais toujours le contrecoup des insécurités : je n’avais pas encore trouvé de références poly qui parlaient du trauma. Toutes les sources que j’avais consultées parlaient majoritairement des personnes valides. Si la jalousie était un problème, elle pouvait apprendre à être domptée ; mais les auteur·ices ne parlaient pas de l’anxiété maladive, seulement d’un monstre aux yeux verts avec lequel il fallait accepter de vivre.

Si Morian s’approchait un peu trop de God Save the queer, mon cerveau se mettait aussitôt à vriller ; je sentais l’anxiété me dévorer, la peur me faire vaciller. C’était insupportable de ressentir de la jalousie à cause de mon meilleur ami, cette personne qui représente tout pour moi.

Heureusement, iel a été très bienveillant et m’a mis en main des références pour mieux comprendre le trauma et le polyamour. Iel a fait de son mieux pour m’aider, ce pour quoi je lui en serais éternellement reconnaissant.

Au fil des mois, j’ai appris à dompter le sentiment de panique qui me terrorisait depuis des années. J’ai commencé à lâcher prise et ça m’a énormément appris sur la nature de l’amour, qu’il n’était en rien comparable à tout ce que j’avais appris, qu’il pouvait être bienveillant sans vouloir me mettre en cage.

Toutes ces réalisations m’ont permis de m’épanouir en tant que personne queer et d’offrir des rapports plus qualitatifs à mes amours.

Je vous souhaite à tous·x·tes de connaître cette douceur, cette confiance.

J’écrirai un deuxième article sur le sujet parce qu’il me semblait essentiel d’aborder en premier lieu ce qui m’a posé le plus problème dans le polyamour. En attendant, je vous laisse avec les références poly et trauma qui m’ont beaucoup aidé à en apprendre davantage sur moi-même et sur les liens que je pouvais entretenir avec les autres, sans être aveuglément guidé par le bagage qui m’alourdissait.

(NB ; aujourd’hui, je suis capable de ressentir de la compersion. Je suis toujours émerveillé lorsque cette émotions, qui me paraissait hors de ma portée, apparaît dans mon esprit. C’est dans ces moments-là que j’arrive pleinement à apprécier la distance parcourue depuis que j’ai commencé à penser que moi aussi, un jour, je serais poly)

Prenez soin de vous.

Sur le poly :

  • La salope éthique, Dossie Easton et Janet W. Hardy (une mise en bouche sur les amours qui sortent de l’ordinaire / queerpositif / réappropriation de l’image de la salope)
  • L’amour au pluriel, guide du polyamour éthique, Franklin Veaux et Eve Rickert, Améthyste éditions pour la vf (un manual très complet, qui reprend les bases des relations poly en abordant tout ce qui y est de près ou de loin relié)
  • Vivre de de polyamour et d’eau fraîche, Cookie Kalkair
  • Le blog d’Hypatia frome space : https://hypatiafromspace.com/

Sur le trauma :

  • Toute l’œuvre de Clémentine Morrigan (et plus spécifiquement, son workshop en ligne qui décrit tout ce qui est relié au trauma et polyamour, afin de vivre ses relations plus sereinement) – œuvre en anglais
  •  Le corps n’oublie rien – Le cerveau, l’esprit, le corps dans la guérison du traumatisme,  Bessel van der Kolk, éditions Albin Michel

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