A la croisée des genres

Autour de moi, toutes les personnes transmasculines prennent de la testostérone, ou ont envie de s’y mettre. En ce qui me concerne, mes intentions sont loin d’être au beau fixe. Lorsque je cherche des statistiques sur les personnes qui prennent de la testostérone, j’ai du mal à trouver des informations ; j’ai prévu de lire Testo Junkie de Paul B. Preciado mais ce livre traîne dans ma PAL.

Il y a des jours où mon genre est stable. Je fixe mon reflet dans le miroir et j’y vois un mec transgenre au visage particulièrement imberbe ; les lignes de son visage dénotent une certaine douceur qui n’est pas sans me déplaire.

Et il y a les jours où tout semble partir en vrille.

S’il y a une chose à savoir à mon sujet, c’est que je fonctionne par phases particulièrement intenses, centrées autour d’intérêts restreints qui prennent, progressivement, toute la place disponible. Dès que je m’emballe pour un nouveau ship (couple de personnages de fiction, plus ou moins canon), mon esprit envie l’expression du genre que manifestent les amant·es engagé·es dans la relation. Dans le cas du CatrAdora (personnages de la série Netflix les Princesses au pouvoir), Catra a une identité de genre totalement féminine, ce qui se marie à merveille avec les tenues parfois masculines qu’elle porte. Le tuxedo bordeaux qu’elle enfile à l’occasion d’un bal qui est rentré dans la légende est un exemple de cette expression plutôt fluide.

catra in that tux? | Tumblr

Ce qu’il est intéressant de noter au sujet de cette série est que les genres ne sont jamais un facteur déterminant pour quoi que ce soit. Noëlle Stevenson, lea créateur·ce, reprend même la notion du coming-out pour renouveler sa signification (épisode « Reunion » de la saison 2). Iel l’inverse, en fait le reflet hyperbolique de ce qui se fait dans notre société. Il y a de quoi rire jaune lorsque l’on voit Bow faire son C-O de combattant auprès de ses parents gays. Dans un univers de fiction, il est possible de renverser noq normes contemporaines, souvent pour le meilleur.

Catra m’a donc donné envie d’être plus fem, mais voilà que surgissent Patrocles et Achille, les héros épiques du chant d’Achille de Madeline Miller (ma lecture préférée de 2021). Le second a tout de la jeunesse dorée grecque héroïque : une beauté époustouflante due à son statut de demi-dieu, un charisme certain et des muscles d’acier. Tous les jeunes garçons recueillis par son père, Pelée, veulent être proches de lui, attirés par ce que le jeune héros, le meilleur des grecques, dégage.

Le talent de Madeline rend la chose parfaitement naturelle lorsque les deux jeunes hommes finissent par se mettre ensemble. Aux yeux des autres, ils ne sont que compagnons. Dans l’intime, c’est une autre histoire.

La masculinité non dépourvue de féminité d’Achille (caché par sa Néréide de mère dans un groupe de jeunes filles, celui qui va devenir le Meilleur des Grecs fait illusion) a fait renaître en moi la fascination que j’ai toujours ressenti envers les couples homosexuels. Avant, j’étais une fille à pédés. Ou peut-être que c’est le marqueur le plus ancien de mon appartenance au genre masculin.

Ouvertement pansexuel, je trouve pourtant un véritable plaisir à être dans un couple gay. Comme le dit si bien Jill Nagle , dont les propos ont été repris dans la revue PD, il s’agit de libérer son « pédé intérieur ». Être homosexuel, c’est ce qui rapproche le plus, pour moi, de l’identité masculine : lorsque je rejoins mon copain W et que nous échangeons diverses fluides, je me sens rattaché à une bienheureuse masculinité, là où mes autres relations me cloisonnent à une non-binarité qui, parfois, ne me satisfait pas.

J’ai mis du temps à arriver à cette conclusion : la gender-fluidité ne me correspond pas. Je suis masculin jusqu’au bout de mes creepers compensées, de mes chemises à carreaux, de mes foulards aux motifs chamarrés.

Si mon genre est fixe lorsque mon paysage mental est ensoleillé, je ressens toujours de l’euphorie lorsque mon comportement, mes vêtements sont ceux d’une catégorie de personnes que je considère comme gay. Ça me permet de légitimer beaucoup d ‘ anciens doutes, d’incompréhensions à peine formulées face à des normes dans lesquelles mon expression de genre se sentait à l’étroit.

De plus, les théoricien·nes queer, Meg-John Barker et Alex Iantaffi, l’ont rappelé dans leur ouvrage Unique en mon genre (éditions Améthyste pour la version française, 2021) : le genre est une construction biopsychosociale. Difficile de trouver sa place dans une société qui valorise la puissance masculine, les comportements pleins d’assurance et la parole bien assumée. Beaucoup d’éléments de mon éducation féminine me collent à la peau ; malgré mon c-o assumé depuis plus de deux ans, je n’ose toujours pas aller dans les toilettes pour homme. Mon passing ne me satisfait pas et je ne me sens pas légitime.

Est-ce que la testostérone m’apporterait la confiance en moi dont je manque ?

La question reste ouverte. Je renâcle devant une prise d’hormones qui m’aliénerait et j’ai le sentiment que je n’y trouverais pas de réponse satisfaisante ; un saut dans l’inconnu demande une certaine confiance dans ce qui est à venir, mais j’ai peur de ne pas obtenir les réponses que je cherche.

Donc, c’est une affaire à suivre.

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