Les fêtes de famille

Puisqu’on est tous réunis ici, pour chanter « Les démons de minuit »
Manger d’la mousse de canard sur des blinis, danser sous les stroboscopes de Gifi
J’ai préparé un p’tit speech, parce que j’dois vous avouer un p’tit détail de ma vie
J’déteste les fêtes de famille
.

Défaites de famille, Orelsan

https://www.fourchette-et-bikini.fr/actus/comment-survivre-aux-fetes-de-fin-dannee-56636.html

Je suis orthodoxe. Mon baptême remonte à mes trois mois et je me rappelle encore, avec un pincement au cœur, de celui de mon neveu. Le prêtre l’avait plongé à trois reprises dans une petite baignoire remplie d’eau. Ses cris, à chaque fois qu’il remontait à la surface, étaient lancinants, surpris et outrés.

Aujourd’hui, je suis ouvertement athé et c’est quelque chose qui me coupe de la plupart des membres de ma famille, empêtrés dans des traditions désuètes et poussiéreuses – le milieu orthodoxe Parisien n’étant pas le plus déconstruit. Cela dit, je n’ai jamais trouvé aucun réconfort dans la religion, contrairement à N., ma tante. Ma position sur la question, c’est que si elle y trouve son compte, c’est très bien pour elle ; mais qu’elle ne cherche pas à me convaincre de la rejoindre dans ce que je considère être des délires qui confinent au déni. Déni face à l’évolution de la société et de ses mœurs, sanctification des valeurs traditionnelles, perçues comme inaliénables.

En 2010 et des poussières, iels ont arrêté de célébrer le Noël des catholiques pour se concentrer sur les fêtes orthodoxes (le 7 janvier, ce qui équivaut pour le reste du monde chrétien à l’épiphanie). Et depuis que j’ai mon coming-out, la perspective de passer les fêtes de fin d’années avec ell·eux s’est teintées d’une bonne nuance d’amertume. Être avec ell·eux, sans être moi, dissimulé sous une bonne couche de prétention, d’agressivité à l’égard de ces traditions auxquelles je suis allergique.

J’ai donc saisi ma chance de couper mes ponts religieux et de passer à autre chose. Dans une société qui valorise toujours les liens familiaux, qui fait peser une charge assez lourde sur les fêtes de fin d’année (= une bonne occasion de déprimer pour cell·eux qui ne sont plus en contact avec leur famille, parce que le sentiment de manquer quelque chose est pesant), avec de multiples injonctions à la clé (ne pas faire de drama, ne pas faire de vagues, garder les sujets problématiques pour d’autres occasions), assumer ce choix sans se sentir écrasé par la distanciation familiale relève du challenge.

Ayant des rapports assez compliqués avec ma fratrie biologique, je comprends la douleur qu’on ressent à repousser ce qui était parfaitement appréhendé et, d’une certaine façon, rassurant. Tous nos instincts, construits vis-à-vis d’une société plutôt traditionnaliste, nous poussent à mettre un terme à nos funestes projets : s’éloigner de notre famille, est-ce que c’est s’isoler du monde lui-même, de tout ce que nous connaissions avant que nos identités assumées, ou non, viennent foutre le bordel dans cette machine superbe et défaillante ?

Je prône la distanciation, mais je sais que celle-ci peut être cuisante. Pourtant, beaucoup de nos biais familiaux sont construits sur le même modèle que celui des relations toxiques : on nous empêche de nous exprimer, parce que jugé·es trop jeunes, on étouffe cette parole qui risque de mettre à mal tout ce qui est considéré comme juste. Ryder Carroll, le créateur du Bullet Journal, parle de radiance lorsqu’il mentionne l’impact qu’on a sur les autres ; si cet impact est négatif, est-ce que cela vaut vraiment la peine de s’y accrocher ? Difficile d’avoir cette réflexion vis-à-vis des personnes que l’on connaît depuis toujours. J’ai mis des années à ne plus penser avec amertume à tout ce que je pensais rater, en ne voyant plus régulièrement les membres de ma famille. A présent, je me rends compte qu’éloigné d’ell·eux, je respire plus librement.

Depuis presque dix ans, je passe les fêtes de fin d’année avec ma famille de cœur, avec les personnes qui, pour des raisons diverses et variées, ne peuvent pas être avec leur fratrie biologique. Et c’est devenu de plus en plus satisfaisant de réinterpréter, ensemble, les traditions.

Nous avons créé nos propres règles, tout en valorisant l’esprit festif qui est de mise durant cette période de l’année.

Toutefois, une bonne méthode pour survivre aux injustices familiales consiste à n’aborder les discussions qu’en surface. Parler de choses classiques, du temps qui se dégrade, de nos loisirs, et éviter ce qui peut être fâcheux… Ceci peut être considéré comme de l’évitement, mais il est important de savoir que tous les sujets de discussion ne sont pas abordables avec n’importe qui. La recherche d’honnêteté n’est pas un but pour tout le monde. Je ne me permets de ruer dans les brancards que parce que je suis éloigné géographiquement des membres les plus problématiques et parce que je suis indépendant financièrement. Certains sujets de discussion sont également plus abordables au téléphone, parce que les personnes impliquées ont alors d’autres façons de réagir et qu’il est possible de mettre un terme à la conversation (ce qui est forcément moins évident quand on se retrouve dans une pièce surpeuplée).

La méditation m’a également beaucoup aidé à gérer les émotions contradictoires qui surgissent lors d’événements sociaux. Le but n’est pas d’éviter toutes les pensées négatives, mais de les ramener vers un safe place mental, un endroit juste à nous où on se sent en sécurité.

J’aborderais dans un prochain article les techniques de méditation que j’ai développées avec les années, des moments de réflexion paisible qui m’ont aidé à bâtir les fondations de ma propre tranquillité.

En attendant, les fêtes de fin d’année se sont terminées : vous pouvez partager vos propres astuces de survie aux repas familiaux en commentaires (peut-être que l’année prochaine, j’arriverais à faire un guide plus utile que ceux qu’on trouve sur Internet). Je vous souhaite à tous·x·tes une bonne nouvelle année :3 en espérant qu’elle vous apporte tout ce que vous désirez.

Prenez soin de vous.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :