De la transidentité dans la pop-culture et des limites sociétales

« Quand on ne se voit pas, on n’existe pas.« 

Saul Pandalekis

J’écris depuis que je suis en âge de tenir un stylo. Il serait naïf de dire que je le fais uniquement pour la beauté du geste, pour la beauté de la langue ; je le fais pour me découvrir, pour me purger, aussi.

En tant que personne transgenre, j’ai été nourri, comme beaucoup d’entre nous, de livres, de films, de séries qui donnaient souvent une représentation biaisée de nos genres, de nos combats.

J’ai grandi avec des représentations idéalisées des genres féminins et masculins. Les Disney m’ont gavé de rêveries naïves et je ressentais bien souvent de la frustration à ne pas trouver dans ces dessins-animés que j’aimais tant des personnages qui me ressemblaient. Alors, je me tournais vers les personnages masculins qui étaient, pour la plupart, des archétypes positifs. De juvéniles aventuriers qui n’hésitaient pas à sortir de leur zone de confort pour aller à la découverte d’un monde à l’horizon illimité. Je voulais me marier avec Sacha de Pokemon, mais seulement pour l’accompagner dans ses pérégrinations spécistes.

Ces réflexions restent encore d’actualité. Elles font partie de ce qu’on appelle le voyage du héros (concept développé dans l’essai le héros et mille et un visages, de Joseph Campbell, 1948). Un personnage, bien souvent masculin, quitte son foyer pour apprendre de nouvelles choses et se forger une identité aux travers de multiples péripéties.

jim en plusieurs images - Le blog de "La planète au trésor"!
(mon amour de jeunesse, Jim Hawkins de la Planète au trésor, 2002, ou le modèle-type de l’adolescent qui quitte son village de paysans pour aller découvrir d’autres horizons)

Et où sont les héro·ïnes transgenres ? Où sont les personnages queer que l’on a envie d’aimer, auxquels nous avons envie de ressembler ?

L’émergence de ces nouveaux personnages est relativement récente. C’est ce que j’ai eu envie de valoriser sur ma page Instagram, Queer.Literally. Au début, c’était un projet amusant, un passe-temps pour remplir mes journées de chômeur qui a du mal à trouver sa place dans la société. Je ressentais de la difficulté à donner de l’importance à mes écrits, à me dire qu’ils pouvaient compter pour d’autres personnes et leur apporter des réponses.

Syndrome de l’imposteur ?

Possiblement.

Nous vivons dans une société qui ne valorise pas les personnes marginales et qui a plutôt tendance à les invisibiliser. La bande-dessinée, les jeux-vidéos, les réseaux sociaux (etc) font partie du domaine du loisir et ne sont pas vraiment considérés comme des sujets nobles. A opposer à la littérature dite classique, qui s’acharne à faire des grandes figures de la culture des modèles à ne pas dépasser. A contrario, la culture dite « mainstream » n’est pas souvent considérée comme étant positive. En écrivant ça, j’ai des échos plein la tête : ma mère qui jetait des regards réprobateurs à mes lectures d’adolescent (la série Peggy Sue de Serge Brussolo, les mille mangas aux péripéties rocambolesques et à l’imagerie féminine tristement limitante). Des années plus tard, au cours d’une conversation banale, je lui ai demandé si elle les aimait tant que ça, ces classiques dont elle voulait à tout prix me gaver lorsque j’étais adolescent.

Réponse consternante en retour.

« Oh non, je les détestais !« 

Pourquoi avoir tant insisté dans ce cas ?

Simplement parce qu’un jeune « bien éduqué » se doit de connaître la culture des Anciens. De cette réflexion, j’ai tiré bien des conclusions : pourquoi est-ce que les élèves dont j’avais la charge dans l’Education Nationale renâclaient tant devant l’étude des grands noms de l’histoire littéraire, alors qu’ils s’enthousiasmaient pour des cours plus accessibles. La culture, en France, est toujours Noble ou elle n’est pas, c’est aussi simple que ça.

De là naît une difficulté à s’affirmer en tant qu’individu dans une société qui cherche souvent à tamiser les disparités. Dépasser son destin pour ne plus se conformer aux injonctions de nos parents, de nos familles relève du challenge. Comment s’épanouir dans une société qui ne valorise pas la différence ? Comment se trouver quand tout nous pousse à nous réaliser dans un cadre normé, classique ?

Tant de limites qui nous poussent à sans cesse remettre nos choix de vie en question.

Ces doutes, je les ai régulièrement depuis de nombreuses années. J’ai d’abord été professeur de Lettres dans le secondaire et je me suis rendu compte que les élèves n’étaient guère attirés par les classiques : il faut être réaliste sur ce point-là : l’Education Nationale est sacrément à la ramasse.

Quant à moi, j’ai eu envie d’explorer de nouvelles facettes de mon parcours de littéraire. J’aime écrire, lire, transmettre. Mais je souhaite à présent le faire autrement et, si possible, vivre de ma plume. Je ne suis pas crédule au point d’attendre que l’argent me tombe tout cuit dans la bouche mais je commence à percevoir ce que les plumes marginales ont d’unique à apporter. Les chroniqueurs qui secouent la société, on commence à ne plus pouvoir les compter (Despentes, Beigbeder – certains étant évidemment plus problématiques que d’autres, aha -, parmi tant d’autres) mais la question de la représentation continue à s’imposer.

A quel point est-on prêt à s’impliquer (autant sur le plan financier qu’émotionnel, supporter les petites initiatives au lieu de permettre aux grands noms de continuer d’engranger de la thune : des réflexions qui ont déjà été menées dans le cadre de l’écologie) dans les parcours individuels qui ont sont précieux tant au niveau de leur précarité que de leur particularité ?

Je souhaite que le terrier du Queer soit un espace de partage safe et bienveillant. Je compte également continuer à publier des chroniques sur Queer.Literally et ouvrir un compte Tipee pour cell·eux qui souhaiteraient me soutenir dans cette démarche d’ouverture des esprits et de réflexion sur les normes qui nous entravent.

Et pour cell·eux qui me connaissent d’Instagram, vous savez que tout commentaire sera pris avec bienveillance. Le simple fait que vous existiez contribue à lutter contre l’obscurantisme des esprits bien pensants, habitués à ne pas sortir de leur zone de confort.

Prenez soin de vous.

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